LES ONDES MARTENOT


Sommaire

   Introduction - Histoire - Fonctionnement - Description - Répertoire - Livres - Liens   


Introduction

Les Ondes Martenot sont un instrument de musique électronique, inventé par Maurice Martenot et présenté au public en 1928. On peut considérer que les Ondes Martenot sont, avec le thérémin mis au point en URSS en 1917, l'un des plus anciens instrument de musique électronique encore employés aujourd'hui.


Histoire

Maurice Martenot est né à Paris, le 14 Octobre 1898 et mort à Clichy, le 8 Octobre 1980. Il est le deuxième enfant de Juliette et François Martenot, et le frère de Madeleine Martenot (l'aînée) et de Ginette Martenot (la cadette).

Maurice Martenot fit preuve dès son plus jeune âge de dons musicaux et apprit le piano, le violoncelle, l'harmonie et le contrepoint. Pendant la guerre 1914-1918, le caporal Martenot est affecté aux transmissions. Vers la fin de la guerre, l'armée commença à utiliser des postes de télégraphie à lampes triodes. Une des caractéristiques de cette lampe était de fournir un son pur à fréquences variables.

En rentrant de la guerre, il se mit au travail pour chercher à domestiquer les ondes émises par ces lampes. Le 3 Mai 1928, Maurice Martenot présente son nouvel instrument, «Les Ondes Musicales Martenot», à l'Opéra de Paris, sa soeur Ginette l'accompagnait au Piano. Ce fut immédiatement un triomphe et le début d'une belle carrière pour l'instrument.


Concert de 3 Mai 1928 à l'Opéra de Paris. Remarquez :
- que l'instrument ne comporte pas encore de clavier !
- à sa main gauche, le boîtier et la touche d'expression
- La petite ligne blanche reliant la main de Maurice à son instrument est l'ancêtre du «Ruban»

Plus soucieux d’améliorer son invention que de la faire connaître, Maurice Martenot ne cesse d'améliorer les ondes jusqu'en 1975, année de la création du 7ème et dernier modèle de concert. Sa production est stoppée en 1988 et on assiste quelques années plus tard à l'éclosion de deux instruments proches qui ont pour nom Ondéa et French Connection. En 2009, l'instrument est à nouveau fabriqué sous le nom d'Ondes Martenot (marque déposée).


Fonctionnement

L'appareil de transmission télégraphique qu'utilisait Maurice Martenot fonctionnait avec un système à base de lampes électroniques et permettait de générer plusieurs fréquences ... mais pour les transmissions radio. Ces oscillateurs avaient un gros défaut qui les empêchait d'être musicaux à l'époque : leurs fréquences de fonctionnement étaient supérieures à 80 kilos hertz, c'est à dire largement au dessus des fréquences audibles. Ce sont des ultrasons. Alors, pour faire un générateur qui fonctionne dans les fréquences audibles, il a utilisé le principe de l'hétérodyne, principe même de la radio.

Une expérience bien connue des musiciens, et facilement vérifiable, aidera à comprendre ce principe. Quand deux musiciens s'accordent, ils jouent en principe la même note, sans être tout à fait justes. On entend alors, en plus de leurs sons, une espèce de «wa-wa», plus rapide si les instruments sont faux (fréquences éloignées) et plus lent si les instruments sont plus justes (fréquences proches). Ce «wa-wa» finit par disparaître quand les deux instruments seront à la même fréquence. Ce phénomène est appelé battements. Ces battements résultent de la différence entre les deux fréquences : de la fréquence de 440 Hertz (LA du diapason) et de 445,684 Hertz (ce même LA plus 1 Comma ou Neuvième de Ton) résultera un phénomène de battements de 445,684 - 440 = 5,684 Hertz. Imaginons maintenant que les deux instrumentistes jouent deux notes totalement différentes : le LA du Diapason (440 Hertz) et le RE à la Quarte Juste supérieur (587,330 Hertz). Le son résultant (à ce niveau, ce ne sont plus des «Battements») sera de : 587,330 - 440 = 147,330 Hertz, soit proche du RE2 (RE milieu de la Clé de Fa, de fréquence 146,832 Hertz).


Courbes illustrant les deux exemples précédents :
en vert, la fréquence fixe (le LA du diapason) ;
en bleu, la fréquence variable (ex 1 = le LA + 1 comma / ex 2 = RE4) ;
en rouge, la fréquence résultante.
Courbes obtenues par le logiciel «Freq.exe» de ma création.

Les Ondes Martenot reprennent ce principe en utilisant deux oscillateurs : un premier oscillateur hautes fréquences va être de fréquence fixe (80 kilos hertz) et un second oscillateur qui va être de fréquence 80 kilos hertz plus une certaine fréquence. Le son entendu par les diffuseurs sera le son résultant.


Description

Bien qu'inventé au XXème siècle et bien qu'étant électrique, je considère les Ondes Martenot comme un instrument de musique de type classique : il exige la présence d'un interprète humain qui donnera vie aux sons engendrés avec expressions, nuances, sensibilité, ... exactement comme un chanteur, un violoncelliste, un pianiste.

C'est un instrument strictement monodique, au même titre que la voix humaine ou que le hautbois (dans un jeu traditionnel, car ces instruments peuvent faire des sons multiphoniques de manière exceptionnelle). Sa tessiture de sept octaves (presque la tessiture du piano) lui permet de passer sans interruption de l'extrême grave à l'extrême aigu.

Il se joue de deux façons :

  • au clavier, clavier comparable au piano, si ce n'est les touches plus petites et son attache suspendue permettant ainsi le vibrato personnel de l'interprète.
  • au jeu à la bague (appelé «ruban»), parallèle au clavier et créant par les mini-glissandi un effet très proche du legato vocal.

Le jeu est complété par :

  • une touche d'expression qui gère le volume sonore. Elle se contrôle de la main gauche : par pression plus ou moins forte, plus ou moins sec, on obtient toutes les variations de nuances (allant de l'extra-doux à l'extra-fort) et d'articulations (du molto legato au très percuté). Il y a une analogie évidente entre la touche d'expression des Ondes Martenot et l'archet d'un instrument à cordes.
  • un tiroir avec différents timbres (ajout d'harmoniques paires et/ou impaires) pour filtrer et modifier le son, et créer des combinaisons. Le timbre «Ondes» constitue le timbre de base de l'instrument et est celui utilisé le plus souvent.

    De haut en bas et de gauche à droite :

    Molette réglant le dosage des résonances D2
    Molette réglant le dosage du timbre «Souffle / Bruit Blanc»

    1-2-3-4-5 : Dosage du timbre Octavian («8»)

    D3 : Activation/Désactivation du diffuseur Gong ou Palme
    D2 : Activation/Désactivation du diffuseur à resonances à ressorts
    D1 : Activation/Désactivation du diffuseur principal
    T : Activation/Désactivation du timbre «Tutti»
    G : Activation/Désactivation du timbre «Grand-Gambé»

    8 : Activation/Désactivation du timbre «Octavian»
    N : Activation/Désactivation du timbre «Nasillard»
    C : Activation/Désactivation du timbre «Complexe»
    O : Activation/Désactivation du timbre «Ondes»
    g : Activation/Désactivation du timbre «Petit-Gambé»

    1-2-3-4-5 : Dosage du timbre Petit-Gambé («g»)

    LA TOUCHE D'EXPRESSION

    Invisible sur la photo :
    S : Activation/Désactivation du timbre «Souffle / Bruit Blanc»
    Aiguilles (3) : Uniquement sur de très vieilles ondes, transposition aléatoire du son
    Transpositions : Sur les ondes récentes, permet une transposition rapide de la note jouée
    (Quart-de-ton inférieur, Quart-de-ton supérieur, Demi-ton, Ton, Tierce Majeure, Quinte juste)

    R : Activation/Désactivation du jeu «Ruban»

  • des diffuseurs (haut-parleurs transformés) :
    • Principal ou D1 : haut-parleur de grande puissance ;
    • Résonances ou D2 : haut-parleur monté derrière des ressorts afin d'obtenir une résonance acoustique ;
    • Gong (ou Metallique) : haut-parleur dont la membrane est remplacée par un gong pour créer des sons métalliques ;
    • Palme : haut-parleur sur lequel sont tendues (devant et derrière) des cordes métalliques entrant en résonances par sympathie.

    L'ensemble de l'instrument : de gauche à droite,
    le Principal & les Résonances D2 (en bas, de forme rectangulaire),
    la Palme (posée sur le Principal),
    le Gong (de forme semi-octogonale)
    et l'Onde

Un joueur d'Ondes Martenot est appelé un Ondiste.


Répertoire

De grands compositeurs comme Pierre Vellones, Arthur Honegger, Darius Milhaud, André Jolivet et Olivier Messiaen écrivirent pour les ondes Martenot, mais il fut et est encore utilisé par des artistes populaires comme Jacques Brel, Yann Tiersen. Aujourd'hui, son répertoire compte plus de 1500 oeuvres.

Répertoire classique

  • Jacques Charpentier :
    • «Concerto pour OM et Orchestre»
    • «Concertino Alla Francese» pour OM solo, Percussions & Orchestre à cordes
    • «Lalita» pour OM et Percussions
    • «Quatuor» pour 4 OMs
  • Arthur Honegger :
    • «Jeanne au bûcher», oratorio, Oeuvre ***
    • «Le soulier de satin», musique de scène
    • «Oedipe-Roi»
    • «Cantique des cantiques»
  • André Jolivet : à mon sens, LE compositeur des Ondes.
    • «Trois poèmes» pour OM & Piano (1935)
    • «Danse Incantatoire» pour Orchestre avec 2 OMs (1936)
    • «Incantation Pour Que L'Image Devienne Symbole» pour OM solo (1937)
    • «Suite Delphique» pour Ensemble Instrumental avec OM (1943)
    • «Concerto pour Ondes et Orchestre» (1947), Oeuvre méritant le ********
  • Charles Koechlin :
    • «Monodies Vers Le Soleil» pour OM solo (1939)
  • Marcel Landowski :
    • «Concerto pour OM, Percussions & Orchestre à Cordes» (1950) Oeuvre ***
  • Bohuslav Martinu :
    • «Fantaisie» pour OM, Hautbois, Quatuor à Cordes & Piano (1973) Oeuvre ***
  • Olivier Messiaen :
    • «Fête des belles eaux» pour 6 OMs (1937) Oeuvre ***
    • «Trois petites liturgies de la présence divine» pour Choeur et Ensemble Instrumental avec OM (1944)
    • «Turangalila-Symphonie» pour Piano et OM soli & très grand Orchestre (1948)
    • «Saint François d'Assise», opéra (1983)
  • Darius Milhaud :
    • «L'annonce faite à Marie», pour Ensemble Instrumental avec 2 OMs (1932)
    • «Le Château des Papes», pour Quatuor vocal, OM & Piano (1932)
    • «Suite pour Ondes», pour OM & Piano (1932)
  • Edgard Varèse :
    • «Ecuatorial»
    • «Nocturnal»
  • Pierre Vellones :
    • «Fantaisie» pour OM & Piano (1930)
    • «Fête fantastique» pour 3 OMs, Orchestre & ensemble d'instruments asiatiques et africains (1937)
  • ...

Musiques actuelles

  • Jacques Brel : Ne me quitte pas en 1959, Le Plat Pays en 1962, et La Fanette en 1963 (ondiste : Sylvette Allart)
  • Léo Ferré : Les Hiboux et La Vie antérieure de Baudelaire en 1957, et Noël de Luc Bérimont en 1959
  • Boby Lapointe : L'Eté Où Est-Il ? en 1967
  • Édith Piaf
  • Ondiste : Thomas Bloch : Lara Fabian, Marianne Faithfull, Thomas Fersen, Gorillaz, Arthur H, Marie Laforêt, Maxime Le Forestier, Vanessa Paradis, Patrick Wolf, Zazie, Zoé
  • Ondiste : Jean Laurendeau : Bryan Ferry, Joe Jackson
  • Ondiste : Christine Ott : Dominique A, Les Têtes Raides, Yann Tiersen
  • ...

Musiques de film / télévision

  • Animatrix
  • Ce soir sur FR3, indicatif (Francis Lai, 1975)
  • La Marche de l'Empereur (ondiste : Thomas Bloch)
  • L'Homme Invisible première version
  • Mad Max (ondiste : Jeanne Loriod)
  • Mars Attacks!
  • Métal hurlant
  • S.O.S. Fantômes (Ghostbusters)
  • ...

Livres

  • Jean Laurendeau : Maurice Martenot, luthier de l'électronique, Dervy Livres (ISBN: 2-85076-333-0), Louise Courteau éditrice (ISBN: 2-89239-106-7)

Liens




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